Situés à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Carcassonne, sur les premiers contre-forts de la Montagne Noire, les quatre châteaux de Lastours nous ramènent près de 800 ans en arrière, au début de la croisade des Albigeois menée par le terrible Simon de Montfort. Quatre étonnants châteaux logés sur une crête étroite, dans un écrin montagnard orné de fiers cyprès.

L’histoire de ces châteaux est intimement liée à celle des cathares, qui subirent donc les foudres de l’Église catholique ne supportant plus de voir le dualisme mettre le feu au sud de la France. On dit que le territoire des co-seigneurs de  Cabaret était si étroits qu’ils durent chacun ériger leur place-forte les unes à côtés des autres ; mais il est faux de penser que dans cette région, les seigneurs vivaient en une sorte de colocation de la crête rocheuse : c’est leur prêter la conception d’une pensée moderne qui n’est pas de cette époque [foot]En fait, dans le pays occitan, il était de tradition de partager équitablement entre tous les héritiers les terres du parent défunt, y compris avec les filles. Ce partage des terres, bien que très moderne pour nous, citoyens du XXIème siècle et de nos démocraties en perte de vitesse, a contribué à affaiblir les seigneurs du Pays Cathare par le morcellement des terres.[/foot]

Le castrum de Cabaret

 le castrum en contre-basLa première « forteresse » de Cabaret, pas encore construite à l’endroit que l’on connaît aujourd’hui, sur la crête, permettait de contrôler l’accès à la Montagne Noire et à ses richesses minières. Mais la première forteresse proprement dite remonterait à l’époque des Wisigoths, lorsqu’ils avaient créé le comté de Toulouse après le pillage de Rome [foot]Plus exactement, c’est Grégoire de Tours qui, le premier semble faire mention des châteaux de Cabaret dans son « histoire des Francs » (cf. « Cathares, la contre-enquête » – Anne Brenon, Jean-Philippe de Tonnac, Albin Michel[/foot]. On en trouve néanmoins aucune mention pendant l’époque carolingienne et ce n’est qu’au XIème siècle que les premières mentions du castrum de Cabaret sont avérées.Il convient ici de préciser ce qu’on appelle un castrum : c’est un village fortifié dont les habitations sont groupées en cercles concentriques autour de la tour (ce qu’on désigne souvent abusivement comme le donjon) ; dans le castrum on trouve tous les métiers, et en pays cathare, les maisons religieuses se mêlent à la population « laïque ».

Le castrum de Cabaret est construit en contre-bas des fortifications que l’on peut aujourd’hui découvrir. Ce sont en effet les fouilles de Marie-Elise Gardel qui permettent d’affirmer que les fortifications actuelles datent d’après 1230, année pendant laquelle les habitants de Cabaret se sont rendus. Ces découvertes signent la fin du romantisme cathare si l’on s’arrête aux premiers détails.

Les cinq châteaux de Lastours

les châteaux de Lastours, actuellement
les châteaux de Lastours, actuellement

Avant que la croisade des Albigeois ne débute, la fortune des seigneurs de Cabaret provient alors de l’exploitation des mines de fer. On trouve en effet de tous les minerais dans cette Montagne Noire : fer, cuivre, or, et même arsenic, emprisonnés dans les schistes. Avec les vallées de l’Orbiel et du Grésilhou de part et d’autre du massif, culminant à 300 mètres d’altitude, Cabaret, installé exactement au-dessus de leur confluence,  est un carrefour stratégique au nord de Carcassonne. Le verrou du Cabardès est alors une position stratégique qui autorisera très tôt les seigneurs de Cabaret à négocier avec le comte de Toulouse quelques faveurs, comme par exemple le droit de tenir foire. C’est également cette impression d’imprenable forteresse qui compliquera la tâche des croisés : la nature sauvage qui entoure la forteresse, alors positionnée en contre-bas, rappelons le, fait office de rempart naturel.

Il existe donc un château véritablement cathare [foot]On en distingue aujourd’hui que les fondations grâces au travail de Marie-Elsie Gardel[/foot], un peu en contrebas des ruines actuelles, au-dessus de la confluence de l’Orbiel et du Grésilhou. Néanmoins, il est fait mention de plusieurs châteaux à Cabaret bien avant l’épisode albigeois : on parle de Quertinheux dès le XIème siècle ainsi que de Surdespine. Il s’agirati de « simples » postes avancés dont la fonction est de surveiller la crête. Il y a donc bien au moins trois « châteaux »  à Cabaret, mais pas ceux que l’on connaît à l’heure actuelle.

 En 1243, Saint Louis – ce bon Saint Louis[foot]il n’en reste pas moins que le roi Très Chrétien et Fils Ainé de l’Église n’aura de cesse de pacifier le royaume et de le moderniser. Pour ce faire, il institua néanmoins l’un des premiers contrôles d’état sur les émanations de l’état lui-même.[/foot] qui rendait la justice sous un chêne et qui hante les manuels d’histoire de mon enfance comme étant l’archétype du roi juste, comme si à une époque les manuels avaient voulu racheter la royauté – soucieux d’asseoir son pouvoir fait raser les trois châteaux alors existant, les fait reconstruire sur la crête et y adjoint la tour Régine (« tour royale »), qui vient compléter la ligne de crête. Les châteaux actuels de Lastours, du moins leurs ruines,  ne sont donc pas des châteaux cathares, mais bien des forteresses royales datant de l’après croisade. Les châteaux semblent épouser la crête rocheuse et on a du mal à imaginer comment des hommes ont pu dresser ces constructions dans un milieu aussi hostile et escarpé. Lastours représente alors pour Louis IX une ligne de défense contre l’Aragon.[foot]Il est également étrange de constater que notre cher Saint Louis s’abstiendra de répondre à la croisade lancée contre Frédéric II par Innocent IV ; il n’interviendra qu’en 1247 lorsque Frédéric menacera d’assiéger Lyon, alors à la frontière du royaume de France.[/foot]. L’Inquisition allait régner en maîtresse absolue sur l’Occitanie, quelques moines dominicains s’adjugeant le droit de définir qui était orthodoxe et qui ne l’était pas.

L’ombre de Bernard Gui commence à s’étendre sur Toulouse et les contrées alentours….

à suivre…

Pour approfondir, on lira avec profits les livres de Anne Brenon et Michel de Roquebert. Georges Duby est également une lecture saine pour aborder ce sujet.