En route pour Rennes-le-Château,

à la découverte des mystères de l’Abbé Saunière

en contre-bas de Rennes-le-Château
en contre-bas de Rennes-le-Château

En villégiature à Carcassonne et à quelques encablures de l’ancienne cité wisigothique, il paraissait incontournable d’aller visiter Rennes-le-Château, à la découverte du secret de l’Abbé Saunière et de sa villa. Une heure de route à peine, et nous voilà stationnant en contrebas de l’énigmatique citadelle antique, aujourd’hui devenue un village tranquille. Très tranquille, voire trop tranquille, si ce n’était l’activité touristique qui, visiblement, fait vivre le village.

L’activité touristique sera relancée par Noel Corbu lorsqu’il rachète en 1946 le domaine à Marie Denarnaud, servante de l’abbé ; il ne se lasse pas de raconter l’histoire de Bérenger Saunière à qui veut l’entendre. Dans une interview à la Dépêche du Midi donnée en 1956, Corbu raconte que l’Abbé Saunière avait découvert le trésor de Blanche de Castille.Et en 1961, un reportage télé va achever de faire affluer les touristes à Rennes-le-Château.

Revenons à nos moutons. Une fois la voiture stationnée[foot]mieux vaut arriver tôt en début de matinée : les places sont chères, pas d’ombre[/foot], il faut d’abord parcourir quelques centaines de mètres pour parvenir au « portes » du village. Dans un des lacets menant au village, on pourra admirer le pic de Bugarach, autre village de l’Aude qui fera grand bruit en 2012 pour cause de fin du monde. A croire que les « marketeus » du village global se sont donnés rendez-vous dan ce département français, jugeant cette partie du monde plus favorable à leur projet que la sèche mais renommée Californie…

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la visite du musée

L’endroit le plus intéressant du village est sans aucun doute le musée, du point de vue de l’histoire du lieu. On y apprend en effet comment la cité fut fondée dans l’antiquité, comment elle fut renforcée par les Wisigoths, et surtout, on peut avoir un point de vue objectif sur l’Abbé Saunière[foot]en fait, à peu près aussi objectif que cet article, enfin un peu plus, dans le sens où les différentes tablettes proposées à la lecture cherchent à se faire l’écho des quelques éléments objectifs en notre possession aujourd’hui : l’Abbé Saunière semble être une vague émanation de l’extrême droite française du début du siècle dernier, appuyé par les royalistes et les catholiques qui ne digèrent pas la séparation de l’Église et de l’État. On reviendra sur les « mystérieux » financements de l’Abbé[/foot].

l’ancienne cité wisigothique

Ancien oppidum, la cité de Redae, sur lequel on retrouve des traces d’habitation depuis l’âge de fer est un lieu stratégique : l’emplacement du plateau permettait le contrôle de la région, riche en minerais de fer et de cuivre ainsi qu’en sel.

Sous le règne de Charlemagne, Redae[foot]Redae deviendra plus tard Rhedaé.[/foot], modeste bourgade, joue néanmoins un rôle politique important de part sa position stratégique. C’est de cette époque que les hypothèses les plus folles attribuent une population de dix milles habitants à ce modeste village dont le plateau ne peut guère en contenir que quelques centaines. Les seigneurs goths auraient accumulé des richesses considérables, hypothétiques richesses qui alimentent la légende et qui auraient alimenté le coffre de l’Abbé : en effet, près le sac de Rome, les wisigoths fondèrent un royaume dont Toulouse fut la capitale. Battus à la bataille de Vouillé, et abandonnant Toulouse, ils auraient ramené et caché le trésor à Rhedae.

Par la suite, la cité connaîtra alors des sorts différents, au fil des disputes entre les seigneurs locaux. En cœur du pays cathare, Rhedae échappera à la croisade des Albigeois. A la fin du XIIIème siècle commence une période de prospérité et la population augmente. Cette prospérité cessera sous les assauts de Henri II de Castille. Le trésor des wisigoths n’a toujours pas été retrouvé, mais la ville n’a plus de fortifications. Si le nom de Blanche de Castille revient de temps à autres, c’est parce que le comté de Razès passe dans la famille Hautpoul par le mariage de Pierre-Raymond d’Hautpoul avec Blanche de Castille (1422).

du « da vinci code »…

Enfant du pays, Bérenger Saunière est nommé en 1885 à la cure de Rennes-le-Château. Il commencera par alimenter les discussions de ses paroissiens lorsqu’il engagera Marie Denarnaud comme servante. Les travaux qui permettront de mettre au jour deux parchemins dont on ne connaîtra jamais le contenu, et des pièces « d’or », né débuteront qu’en novembre 1886, au retour de l’abbé de son séjour au séminaire de Narbonne [foot]cf. ci-dessous[/foot]

Diverses élucubrations ont été élaborées au sujet des parchemins[foot]un article assez loufoque, mais qui en dit long sur l’état d’esprit qui entoure Rennes-le-Château : http://www.rennes-le-chateau-archive.com/les_parchemins_leur_histoire.htm[/foot] et quatre hypothèses semblent l’emporter (extrait de Wikipédia) :

  • Un arbre généalogique, sous forme de litanies, énumérant les descendants du roi Dagobert II entre l’an 681 et mars 1244 (date du mariage de Jean VII avec Elisende de Gisors). Ce document à la date du 14 mars 1244, portait le sceau de la reine Blanche de Castille.
  • Un testament de François-Pierre d’Hautpoul en date du 6 novembre 1644, enregistré le 23 novembre de la même année par le notaire d’Espéraza. Ce document contenait la généalogie des mérovingiens de 1200 à 1644, ainsi que 6 lignes faisant référence à saint Vincent de Paul.
  • Un testament d’Henri d’Hautpoul du 16 avril 1695, contenant des invocations aux cinq saints repris par Saunière dans le statuaire de son église.
  • Un recto/verso du Chanoine JP Nègre de Fondargent, datant de 1753, supposé être écrit de la main d’Antoine Bigou, curé de Rennes-le-Château du 1774 à 1790. Ce document semble le plus mystérieux des quatre : il comporte des textes de l’Ancien Testament. La partie recto (appelée « Grand parchemin ») comporte des mots dispersés de façon apparemment incohérente, et la partie verso (appelée « Petit parchemin ») des lignes tronquées dans le désordre avec des lettres placées les unes au-dessus des autres.

Une autre découverte important sera faite lors de la restauration du dallage de l’église, notamment le dallage devant l’autel. En retournant la dalle principale, les ouvriers découvrent en effet un bas-relief d’une importance archéologique indéniable. Peu sensible à l’intérêt historique et archéologique de la dalle, l’Abbé s’en servit de marche-pied pour accéder au calvaire, l’abandonnant aux intempéries. Étrange personnage que cet abbé qui aurait su discerner l’intérêt des parchemins, mais seraient resté insensible à ce qui semble être la stèle d’un tombeau ; les pièces de monnaie retrouvées en-dessous semblent en effet avoir attiser sa convoitise.

Dès lors, les absences de l’abbé se font récurrentes. Certains diront qu’il s’absenta pour faire traduire les parchemins. Le train de vie de Bérenger Saunière et de sa servante ne fit qu’augmenter. Les travaux s’enchaînèrent, et Saunière fit construire la villa Béthanie et la tour Magadalena. Folie des grandeurs ou culte passionné à la Vierge ainsi qu’à Madeleine ? Impossible de répondre. L’abbé ira jusqu’à effacer les inscriptions écrites sur la stèle de la tombe de la marquise de Blanchefort[foot]la marquise de Blanchefort semble intimement liée aux parchemins découverts par l’abbé[/foot]

…à la diatribe anti-républicaine

Lorsqu’il arrive à Rennes-le-Château en 1885, le village est plutôt de tendance radicale-socialiste. Il n’y a guère quelques grenouilles de bénitier qui assistent aux offices de l’abbé. Mais Saunière, en royaliste convaincu, tentera de convaincre les femmes du village qu’il faut voter contre la République, qu’il compare au diable. Les Républicains ayant remporté les élections, le conseil municipal reste rancunier et dénonce l’abbé auprès du ministère des cultes : il est suspendu pendant six mois et se rend au séminaire de Narbonne. C’est pendant cet exil forcé que Saunière fait la rencontre du marquis de Chefdebien, Franc-Maçon de son état, et la Comtesse de Chambord, mariée au dernier descendant des Bourbons. La Comtesse aurait offert 1000 francs or[foot]la somme exacte reçue diffère selon les sources que l’on consulte. Certains parlent de 3000 francs or.[/foot] à l’abbé pour une raison inexpliquée ; mais on peut supposer que par un tel don elle veut se faire le soutien d’un abbé qui a embrassé sa cause. Les travaux de restauration peuvent débuter, mais tout le monde s’interroge sur la fortune subite de l’abbé alors qu’il est manifeste qu’il bénéficie de soutiens royalistes et ecclésiastiques.

A ce stade du parcours de Bérenger Saunière, on peut faire une nouvelle hypothèse. En effet, la « dalle du Chevalier » ferait référence à la légende[foot]on parle ici de légende, car ce fait historique n’est à l’heure actuelle pas prouvé[/foot] du fils de Dagobert II, Sigebert IV : car si ce fils a survécu, il pourrait exister une descendance mérovingienne légitime, remettant en question la lignée des rois de France[foot]et par extension du raisonnement, une remise en cause de la République ?[/foot]. Voilà revenus sur le devant de la scène les parchemins trouvés par l’Abbé Saunière et le rêve de restitution de la royauté française. Pour un royaliste aussi convaincu que Saunière, on peut imaginer l’excitation ressentie.

Et enfonçons le clou une nouvelle fois : l’afflux d’argent dans la paroisse a lieu avant le début des travaux. C’est un point chronologique essentiel. Il n’en reste pas moins que suite à ces découvertes, les ouvriers seront congédiés par l’abbé, et qu’il se livrera, aidé de Marie, à diverses activités nocturnes, qu’on les verra tous deux aller chercher des cailloux. Cette dernière activité déchaînera les commentaires, car elle était peut-être prétexte au transport d’autres choses que de simples pierres.

 

la visite de l’église

L’abbé Saunière, en son temps, a donc su réparer les outrages du temps. Après la rénovation de la toiture, Saunière s’attaque à l’autel et au dallage de l’église. Puis, à partir de 1897, il entreprend la décoration de l’intérieur de l’église. Saunière fera alors ajouter un grand bas-relief au-dessus du confessionnal. Il adjoindra également un bénitier sur lequel on peut lire la phrase « par ce signe, tu [le] vaincras », constituée de vingt-deux lettres.

Le bas-relief à l'entrée de l'église de Rennes le Château
Le bas-relief à l’entrée de l’église de Rennes le Château

 

numérologie

statue d'Asmodée, détail sur l'oeil
statue d’Asmodée, détail sur l’oeil

Le chiffre 22 semble avoir une importance toute particulière, puisqu’on le retrouve à l’envi à Rennes-le-Château : c’est le nombre de marches menant à la tour Magdala, comme c’est le nombre de marches qui descendent à la serre. C’est également le nombre de créneaux qui composent la tour Magdala, comme c’est le nombre de dents qui ornent le crâne qui garde l’entrée du cimetière[foot]le cimetière est aujourd’hui fermé au public, à cause des chercheurs de trésor incapable de respecter le repos d’autrui.[/foot]. Le 22 juillet est également la date de fête de la sainte Marie-Madeleine. L’abbé Saunière, dévot de Marie-Madeleine ? Cela ne fait plus guère l’ombre d’un doute.

les indices de ce type ne manquent pas, pour peu qu’on veuille bien les voir. Autrement dit, lorsqu’on est persuadé de quelque chose, on trouve toujours des indices en faveur de ce que l’on croit.

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Asmodée

Asmodé, supportant le bénitier dans l'église de Rennes le Château
Asmodé, supportant le bénitier dans l’église de Rennes le Château

Le plus surprenant, lorsqu’on n’est pas familier des lieux, c’est la statue qui trône dans l’entrée de l’église. Cette statue figure Asmodée, qui selon la tradition, est le gardien des trésors. On pourra être surpris de voir les personnes habituées à fréquenter les lieux pour s’y recueillir à toucher la tête d’Asmodée avant de se signer avec l’eau du bénitier. Ce diable supporte le bénitier, lui même surmonté de quatre anges qui énumèrent le signe de croix : voici le diable vaincu par le signe de croix, devant supporter à tout jamais le lourd bénitier. J’ai pu lire, au détour d’un chemin de campagne du web (chemin sur lequel ce même blog prend place), une théorie tout simplement ébouriffante sur l’Asmodée de Rennes-le-Château : une des ailes du diablotin contiendrait un message codé de Saunière, ou le nom Yahvé (Dieu) se transforme en celui de Yéhova (Judas), si on inverse le sens des clichés… En effet, ce malicieux curé s’est amusé à semer des indices ici et là dans le village, reproduisant ici le plan de masse de l’église dans le jardin du presbytère en y reproduisant certains éléments à l’envers (un pilier, la dalle du Chevalier, etc…). En d’autres termes, Rennes-le-Château alimente les élucubrations les plus folles, pour certaines qualifiées de « travaux scientifiques ».

En conclusion, l’énigme de Rennes-le-Château est assez sulfureuse, ou plutôt fumeuse. Saunière a été en contact avec des cercles ésotériques, il a pu touché de fortes sommes de la part de royalistes avérés. Si on ajoute à cela la conviction intime de l’abbé que l’on peut refonder des pans entiers de la société sur la base de quelques documents « historiques », on a là la base d’un des pus grands mystères du XXème siècle. Plutôt que de lire les romans de Dan Brown, on pourra donc trouver utile de se référer au « Pendule de Foucault » du très cultivé Umberto Ecco.

Pour le reste du domaine de l’abbé, je vous laisse regarder le diaporama ci-dessous.